Des restes de repas

L'enclume de la grive musicienne

 

 

Le sacrifice des escargots est un rite extrêmement courant chez la grive musicienne, à tel point qu'il est devenu un peu sa spécialité. Pourtant elle n’est pas la seule à pratiquer ce rituel. D’autres espèces de turdidés, comme la grive litorne Turdus pilaris ou même le merle noir Turdus merula, peuvent s’y adonner occasionnellement. La technique d’extirpation est toujours un peu similaire, le mollusque est tenu du bout du bec puis il est frappé sur une surface dure jusqu’à ce que sa coquille cède. L’opération peut prendre une bonne minute et demande souvent plusieurs essais. L’escargot est en suite avalé en plusieurs morceaux. Beaucoup d’objets peuvent faire office d’enclume : pierres, racines, branches, terrasses, allées de jardin, rebords de fenêtre, bouteilles en verre, etc. Le nombre de coquilles qui s’amoncellent montre l’intérêt que porte l’oiseau à son outil.

 

Enclume classique

La bonne vieille pierre, un modèle d'enclume classique mais éprouvé...

Cette dernière finit par être souillée par le mucus des nombreuses victimes

 

 

Grive sur terrasse

Grive musicienne concassant des escargots sur une terrasse

 

Escargots cassés par une grive

Coquilles éventrées par l'oiseau

 

Grive cassant un escargot

Une technique bien rodée.

Les escargots sont particulièrement recherchés par temps froid

ainsi qu'à la fin de l'été.

 

Black and white

Les espèces remarquablement colorées,

comme l'escargot des jardins ou celui des haies

 échappent difficilement à l’oiseau.

Les plus clairs finissent martelés sur l’enclume

Les plus foncés souffrent d’insolation.

Que vivre est difficile !

Petite enquête au pied d'un piquet

 

Les pelotes de rejection ne sont pas les seuls indices trouvés au pied des piquets fréquentés par les rapaces et les corvidés. Ces oiseaux carnivores signent leur passage de leurs fientes fluides et blanchâtres. L’accumulation au fil des années de ces dépôts phosphatés, favorise la croissance des végétaux environnants. En fouillant cette végétation à la recherche de pelotes de rejection, on découvre parfois d'étranges indices. L’estomac des campagnols, par exemple, est un élément fréquemment retrouvé. Certains rapaces diurnes semblent rejeter cette portion du système digestif de façon quasi systématique. 

 

Poste d'affût 

 

 

 

 

 

 

 

       Estomac de campagnol

pendu sur un piquet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Estomac de campagnol

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Autre endroit,  autre trouvaille.

Notez la présence de fientes

qui confirment l'interêt que portent les rapaces

à ce poste d'affût.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Estomac de campagnol

 

 

 

 

 

 

L'estomac du rongeur en gros plan ...

Il mesure 2,5 cm sur 1,5 cm

et se présente sous la forme de haricot ou de fœtus.

 

 

Moulages de fruits

Ce billet propose une observation de l'empreinte dentaire laissée par les animaux sur les fruits, et en l'occurrence la pomme. La chair légèrement translucide de ce fruit ne permet pas de distinguer nettement les empreintes. Aussi ai-je donc entrepris de mouler ces pommes en les pérennisant sous forme d'une copie en plâtre. Ce matériaux, opaque et lumineux, tolère une meilleure évaluation du relief.

A titre expérimental, une pomme est confiée à différents intervenants : rats, lapins, poules, furets, puis récupéré et examiné avant sa disparition complète. J'ai également collecté quelques fruits sur le terrain. 

En plus d’être intéressante, cette expérience se révèle particulièrement amusante. Elle permettra peut-être, de mieux déchiffrer certains indices découverts in situ.  

 

Le lapin.

Pomme finale

L’incisive supérieure chez le lapin est divisée par un profond sillon qui laisse une marque de double entaille sur les matériaux entamés. Cette double entaille est par exemple, clairement visible sur l’écorce des jeunes arbres. Pourtant, cette signature bien typée est difficile à repérer sur la chaire délicate des pommes. Aussi, le travail du lagomorphe pourrait être facilement confondu avec celui pratiqué par un rongeur (un jeune lapin pourrait laisser des traces très semblables à celle d’un surmulot, d’un rat musqué). Pour manger le fruit, le lapin le cale entre le sol et son museau, et ce faisant l'entaille sur toute sa périphérie, laissant parfois les deux pôles du fruit intouchés.

 

Le rat gris

Pomme mangée par un rat

Les dents du rat gris ou rat surmulot laissent des sillons très étroits, qui semblent se propager en éventail. De nature inquiète, le rongeur consomme rarement le fruit sur place et l'emporte jusqu’à son trou. Si le fruit est trop volumineux pour la galerie, le rongeur l’abandonne sur le seuil où il le consommera de façon intermittente. Le fruit ne disparaît complètement qu'après plusieurs prises ou à l’issue d’un travail collégial.

 

La poule

Pomme mangée par une poule

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n’est pas si facile pour un oiseau d'entamer la peau d’une pomme saine. Même un oiseau vigoureux comme la poule a besoin d'asséner plusieurs coups de becs avant d'éventrer le fruit. Lors de cette opération, le fruit peut alors rouler, et le volatile ne peut l’immobiliser. Une fois l’incision pratiquée, l’oiseau se concentre sur cette ouverture et fore profondément la pulpe. Les oiseaux n’apprécient pas l'enveloppe du fruit outre mesure, ainsi il reste parfois une demi-coque de peau évidée, qu'ils delaissent complètement par la suite. Le fruit étant consommé par percussion, cette peau est souvent roulée vers l'intérieur.

 

Le furet

Pomme mangée par un furet

 

La réponse des petits carnivores à l’intrusion du fruit dans leur cage est de l’ordre du jeu. Il est mâchouillé, roulé, éraflé. Il porte des marques superficielles sur toute sa circonférence ce qui laisse penser qu’il a été roulé de nombreuses fois. Pour déplacer ce dernier les animaux s’aident à la fois de leur mâchoire et de leurs pattes antérieures. Le furet, tout comme le putois, possède des canines non bulbeuses qui percent les tissus profonds. La pomme montre à sa surface quelques trous de dents semblables à ceux que pourrait faire un petit clou, ainsi que d’innombrables griffures.

 

Le campagnol

Pomme mangée par un campagnol

Cette pomme a été probablement grignotée par un représentant du genre Microtus. Même si on pense, au premier coup d’œil, reconnaître la signature avienne, un examen plus poussé révèle les marques presque imperceptibles laissées par de minuscules incisives. Le campagnol a rongé cette poire en l’escaladant, et ce faisant l’a parsemé de petites crottes. Au vu de l’abondance de ces dernières, le fruit a du être visité à plusieurs reprises.

 

La mésange bleue

Mésange bleue

 

 La mésange bleue est connue pour ses postures acrobatiques et c’est donc tête en bas qu’elle a consommé le fruit. Attaqué par le dessous, il présente une petite cavité de 2 cm de diamètre. Sont visibles, au fond de cette dernière, les lacérations laissées par un instrument très acéré. Reste à découvrir le motif de cette effraction : pulpe du fruit, pépins, larves de lépidoptères ?