Lire entre les traces / Reading Between the Tracks
- Par pisteur
- Le 03/01/2026
- Dans Conseils pratiques/ Practical Tips
Mirages et autres diableries de terrain
Mirages and Other Field Devilries
La nature est intrinsèquement imprévisible, et les conditions de terrain trompent fréquemment l'observateur. Voici les principaux pièges rencontrés lors de nos sorties de terrain:
Nature is inherently unpredictable, and field conditions frequently mislead the observer. Here are the most common pitfalls encountered during our outings:
1. Confusions récurrentes.
1. Frequent mistakes
Canidés vs Félidés : rien ne ressemble plus à une trace de lynx qu'une trace de chien sans griffes! Pour trancher, il faut observer la structure géométrique de l'empreinte :
• La symétrie (Canidés) : La trace d'un chien, d'un renard ou d'un loup est presque parfaitement symétrique. Si vous tracez une ligne verticale au milieu, les deux côtés sont le miroir l'un de l'autre. Les deux doigts centraux sont alignés au même niveau.
• L'asymétrie (Félidés) : La trace du lynx ou du chat est asymétrique. Elle ressemble à une main humaine : l'un des doigts centraux est plus "en avant" que l'autre ( le doigt correspondant à notre majeur).
• Chez les canidés, les coussinets digitaux (les doigts) sont volumineux, angulaires et occupent une place importante par rapport au coussinet central (la paume).
• Chez les félidés, le coussinet central est massif, large, et présente souvent trois lobes à l'arrière et deux à l'avant, dominant nettement les petits coussinets digitaux.
Canids vs. Felids: Nothing looks more like a lynx track than a clawless dog track! To tell them apart, you must observe the geometric structure of the print:
- Symmetry (Canids): The track of a dog, fox, or wolf is almost perfectly symmetrical. If you draw a vertical line down the middle, both sides are mirror images. The two leading toes are aligned at the same level.
- Asymmetry (Felids): A lynx or cat track is asymmetrical. It resembles a human hand: one of the leading toes is further forward than the other (corresponding to our middle finger).
- The Pads: In canids, the digital pads (toes) are bulky, and take up significant space compared to the metacarpal/metatarsal pad (the palm).
- The Main Pad: In felids, the central pad is massive, wide, and often features three lobes at the rear and two at the front, clearly dominating the smaller digital pads.
La règle du 4/5 : Les écureuils du genre Sciurus sont très souvent confondus avec un mustélidé ou un raton laveur. Pourtant, le nombre de doigts et l'allure ne mentent pas. Les écureuils sont omniprésents en Amérique du Nord. Lorsque vous voyez de "petites mains" imprimées dans la neige ou la boue, l’écureuil ne devrait pas être votre dernière hypothèse, mais la première. On a tendance a surestimer radicalement la taille de l'Écureuil gris (Sciurus carolinensis). Sa piste peut mesurer jusqu'à 12 ou 13 cm de large (comme celle d'un raton laveur) Gardez en tête cette image : des mains à 4 doigts à l'avant, des pieds de géant à 5 doigts à l'arrière, et un motif de bond qui crie "rongeur"!. Même lorsque la neige empêche de compter distinctement chaque doigt, l'absence du cinquième doigt sur les membres antérieurs trahit le rongeur : elle produit une empreinte avant nettement plus étroite. Chez les carnivores, c'est l'inverse, le pied avant souvent plus large.
The 4/5 Rule: Squirrels of the genus Sciurus are very often confused with mustelids or raccoons. Yet, the number of toes and the gait do not lie. Squirrel are omnipresent in North America. When you see "little hands" printed in the snow or mud, the squirrel should not be your last hypothesis, but your first. We tend to radically overestimate the size of the Eastern Gray Squirrel (Sciurus carolinensis). Its trail can measure up to 12 or 13 cm wide (just like a raccoon's). Keep this image in mind: 4-toed hands at the front, 5-toed giant feet at the back, and a bounding pattern that screams "rodent!" Even when snow prevents a distinct toe count, the absence of the fifth toe on the forelimbs betrays the rodent: it produces a significantly narrower front print. In carnivores, it is the opposite:the front foot is often wider.
L'effet raquette : en neige profonde, certains léporidés comme le Lièvre variable ou le lièvre d'Amérique peuvent grouper leur quatre pattes dans une seule empreinte. On se retrouve alors face à une empreinte massive, presque circulaire, qui peut évoquer le passage d'un grand quadrupède.
Le réflexe à avoir : "remontez la piste !"
Si le doute s'installe, ne perdez pas de temps à analyser la forme de cette empreinte unique. Suivez la piste. Pourquoi ? À l’inverse des carnivores, le lièvre traite la cellulose en continu grâce à sa caecotrophie. Ce transit ininterrompu génère des crottes régulières, qu'il évacue parfois même en se déplaçant, fournissant un indice fiable pour l'identification de l'espèce
The Snowshoe Effect: In deep snow, certain leporids like the Mountain Hare or the Snowshoe Hare can group all four paws into a single print. This results in a massive, almost circular track that can evoke the passage of a large quadruped. Your first intinct shoud be to track it out !
If doubt sets in, don’t waste time analyzing the shape of that single print. Follow the trail. Why? Unlike carnivores, hares process cellulose continuously through caecotrophy. This uninterrupted transit produces regular droppings—which they sometimes release while on the move—providing a reliable clue for identifying the species.

Piste de lièvre : en neige profonde chaque mouvement est un effort calculé
Hare trail: in deep snow, every move is a calculated effort
Sanglier vs Cervidé : erreur de copier-coller
Il est fascinant de constater comment une contre-vérité peut devenir une « vérité de papier ». De nombreux guides de terrain, se recopiant les uns les autres sans vérification directe, affirment que la présence de gardes (doigts postérieurs) signe systématiquement le passage d'un sanglier. Pourtant, les cervidés impriment eux aussi très souvent les doigts postérieurs lorsqu'ils courent, pour augmenter la surface de leur pied en terrain meuble ou pour freiner dans les pentes. De ce fait, les deux espèces sont parfois difficiles à discerner, surtout lorsqu'il s'agit du pied avant d'un cervidé où les doigts postérieurs sont attachés plus bas et dirigés plus latéralement. A l'inverse du mythe des guides ou d'autres livres sur les traces, les doigts du sanglier sont eux-mêmes loin de marquer systématiquement, notamment sur sol ferme. Pour lever le doute, l'observation d'une seule empreinte isolée ne suffit pas. On est alors obligé de prendre des mesures sur la piste : la voie des cervidés est en général moins large ou possède une foulée plus importante que celle du suidé à allure égale. Il devient alors indispensable de chercher des signes supplémentaires, comme des frottis, des restes de repas ou des laissées, pour confirmer l'identité du passage. Le pied du sanglier présente une forte densité de tissus adipeux sous-cutanés, produisant une empreinte charnue où les reliefs tendineux sont souvent masqués ; à l'inverse les cervidés possèdent une structure de membre plus sèche qui rend les tendons fléchisseurs des doigts bien plus visible dans les sols meubles.
Wild Boar vs. Cervid: A Copy-Paste Error
It is fascinating to see how a misconception can become "paper truth." Many field guides, copying each other without direct verification, claim that the presence of dewclaws (vestigial toes) systematically signals the passage of a wild boar. However, cervids also very frequently register their dewclaws when running, to increase the surface area of their feet in soft ground or to brake on slopes. Consequently, the two species are sometimes difficult to discern, especially regarding the forefoot of a cervid where the dewclaws are attached lower and directed more laterally. Contrary to the myth found in guides and other tracking books, a boar's dewclaws are far from registering systematically, especially on firm ground. To resolve the doubt, observing a single isolated print is not enough. You must take measurements along the trail: a cervid's trackway is generally narrower or has a longer stride than that of a suid at the same gait. It then becomes essential to look for additional signs, such as rubs, feeding remains, or scat to confirm the animal's identity. Wild boars possess a higher density of subcutaneous adipose tissue in their feet, resulting in a fleshy print where tendon definitions are obscured; conversely cervids exhibit a drier, more skeletal limb structure, making the digital flexor tendons much more visible in deep substrates.

Traces de chevreuil montrant la marque des ergots,
ces derniers restent bien dans l'alignement du sabot, les pinces sont étroites et pointues
Roe deer tracks showing dewclaw marks: they stay perfectly aligned with the hoof,
and the toes are narrow and pointed
2. Les pièges anthropiques
2 Anthropic traps
Les motifs de semelles : risque d'interprétation : Certains motifs de crampons en chevrons ou en étoiles imitent presque parfaitement la structure d'un coussinet central ou d'un onglet. Cherchez la répétition : si vous voyez un motif qui semble biologique mais qui se répète de manière absolument identique à chaque foulée, c'est suspect. Observez la texture du fond : le fond d'une empreinte animale est souvent arrondi (compression de la peau ou du poil). Le fond d'une glissade de chaussure présente des micro-stries angulaires et parallèles très mécaniques.
Footwear patterns : Risk of misinterpretation: Some chevron or star-shaped lug patterns almost perfectly imitate the structure of a metacarpal pad or a claw. Look for repetition: If you see a pattern that looks biological but repeats with absolute identical precision with every step, it’s suspicious. Observe the texture of the track’s floor: an animal print's bottom is often rounded (from the compression of skin or fur). The bottom of a boot slide features angular, parallel micro-striations that are distinctly mechanical.
Le glissement latéral : L'illusion des griffes
Imaginez une pente de boue ou d'argile humide. Un randonneur passe, son pied glisse légèrement dans la pente avant de se stabiliser. Les crampons extérieurs de la semelle agissent comme des peignes. En glissant latéralement, ils tirent la boue et créent de fines rainures parallèles, parfaitement nette. Pour un œil non averti, ces rainures peuvent ressembler à des traces de griffes laissées par un carnivore.
Lateral Slippage: The Illusion of Claws : Imagine a slope of mud or wet clay. A hiker passes by, and their foot slips slightly down the slope before stabilizing. The outer lugs of the sole act like combs. By sliding laterally, they pull the mud and create thin, perfectly sharp parallel grooves. To the untrained eye, these grooves can look like claw marks left by a carnivore.

Artéfact de terrain: savoir distinguer l'action mécanique du vivant.
Fied artifact: distinguishing between mechanical marks and wildlife signs
3. Analyse et interprétation.
3. Analysis & interpretation
Le piège de l’empreinte unique
Une identification basée sur une seule trace isolée n'a que très peu de valeur scientifique ou technique, à moins que celle-ci ne soit absolument typique et gravée dans un substrat parfait. Se contenter d'une empreinte ou d'une photo unique, c'est accepter de se laisser tromper par les caprices du substrat ou l'appui atypique d'un l'animal. En pistage, la vérité ne se trouve pas dans un point fixe, mais souvent sur un bon tronçon de piste. J’ai personnellement vécu cette expérience plusieurs fois où il m'est arrivé de suivre ce que je pensais être des cerfs, pour les voir se transformer miraculeusement en sangliers après quelques mètres. C’est sur la longueur de la piste que l'animal finit toujours par trahir sa véritable identité. Le pistage est une enquête de patience : la réponse est rarement directement à nos pieds.
Identification based on a single, isolated track has very little scientific or technical value, unless it is perfectly typical and imprinted in an ideal substrate. Relying on a single footprint or photograph means accepting the risk of being misled by substrate irregularities or an animal’s atypical gait. In tracking, the truth is not found in a fixed point, but often over a good stretch of the trail. I have personally experienced this several times, following what I thought were deer, only to see them miraculously turn into wild boar after a few meters. It is over the length of the track that the animal always ends up revealing its true identity. Tracking is an investigation of patience: the answer is rarely right at our feet.
Identification des fèces. Identifier des laissées en se basant uniquement sur leur diamètre est risqué ; le régime alimentaire et la saison influencent le calibre. Un animal peut toujours créer un dépôt atypique aussi bien en longueur qu'au niveau du diamètre.Si vous n'en êtes pas convaincu, observez simplement le contenu de la litière de votre chat ou l'aspect des crottes de votre chien après plusieurs défécations.
Aussi le pied à coulisse peut devenir l'ennemi de la vérité s'il n'est pas couplé à une analyse biologique et en prenant bien sûr en compte le contexte. On cherche souvent une certitude mathématique là où il y a une variabilité physiologique. Il est tentant de se dire : "25 mm, c'est un loup ; 15 mm, c'est un renard". Mais sur le terrain, cette règle vole souvent en éclats.
À l'automne, de nombreux carnivores (renard, blaireau, même le loup) deviennent opportunistes. Une alimentation riche en baies, fruits ou insectes modifie radicalement la consistance de leurs laissées qui deviennent presque impossible à identifier. Les facteurs environnementaux (post-déposition) peuvent également changer radicalement la taille des dépôts. Un crotte de lapin laissée dans une flaque peut doubler de volume en quelques heures par absorption d'eau, la rendant aussi grosse que celle d'un lièvre
On lit aussi souvent dans l'ancienne littérature que les déjections en chapelets (en collier de perles) sont l'exclusivité des cervidés, notamment du Cerf élaphe (Cervus elaphus). Pourtant, ce phénomène s'observe chez d'autres espèces (j'ai même eu l'occasion de l'observer un jour sur des crottes de ragondin). Ce n'est pas une pathologie, mais le résultat d'un régime très riche en structure (cellulose et lignine). Lorsque les fibres végétales ne sont pas dégradées par la digestion, elles servent de lien mécanique entre les segments, formant ainsi ce "collier" dont la cohésion est assurée par le résidu fibreux.
"Cette crotte sent fort, c’est donc plutôt du vison ; celle de la loutre n'a pas d'odeur." Même si les fèces de loutre sont réputées pour être les moins odorantes chez les carnivores, n'oubliez pas de prendre en compte le facteur protéique (un régime carné riche en soufre ou en azote) mais aussi le facteur météorologique (un temps chaud et humide favorisant l'activité bactérienne). Ces facteurs peuvent rendre l'odeur des échantillons beaucoup plus agressive.
Attention aussi à certains oiseaux qui produisent des fientes cæcales qui peuvent facilement être confondues avec des crottes de mammifères, car elles sont plus volumineuses, très odorantes et dépourvues de la calotte blanche habituelle
Pour interpréter l'habitat, il faut aussi connaître l'intégralité de la boite comportementale de chaque espèce : ne concluez pas trop vite à la martre simplement parce qu'une crotte trône sur un troc renversé à deux mètres de hauteur alors que le renard est aussi un excellent grimpeur et adore se promener sur ces troncs qui dominent son territoire.
Privilégiez toujours l'analyse de la composition : si la morphologie peut être trompeuse, la substance fournit souvent des critères d'identification essentiels. Malgré une possible ressemblance externe, une crotte d’ours se distingue de celle de l’élan par la grande diversité de ses composants (baies partiellement digérées, restes d'insectes, poils), là où le ruminant produit une matière végétale hautement fragmentée et homogène. L’utilisation d’une branche permet d’inspecter l’échantillon tout en limitant le contact direct (une précaution nécessaire, particulièrement avec les fèces de carnivores)
En bref, attention à l'excés de confiance : les travaux de Monterroso et al. (2013) ont révélé que les identifications visuelles de féces sont erronées dans 40 % des cas. C'est pourquoi une phrase fait aujourd'hui autorité dans le milieu de l'écologie : "Le signe suggère, l’ADN confirme".
Scat Identification: Identifying scat based solely on diameter is risky; diet and season influence the gauge. An animal can always produce an atypical deposit in both length and diameter.If you aren't convinced, just look at the contents of your cat's litter or the appearance of your dog's scat after successive eliminations
Thus, calipers can become the enemy of truth if not coupled with biological analysis and, of course, taking the context into account. We often seek mathematical certainty where there is only physiological variability. It is tempting to say: "25 mm is a wolf; 15 mm is a fox." But in the field, this rule often shatters.
In autumn, many carnivores (fox, badger, even the wolf) become opportunistic. A diet rich in berries, fruit, or insects radically changes the consistency of their scat, making it almost impossible to identify. Environmental factors (post-deposition) can also radically change the size of the deposits. A rabbit dropping left in a puddle can double in volume in a few hours by absorbing water, making it as large as a hare's.
Older literature often claims that string-of-pearl droppings are unique to deer, particularly the Red Deer (Cervus elaphus). However, I have observed this in other species (such as the nutria). It is not a pathology, but the result of a diet that is very high in structure (cellulose and lignin). When plant fibers are not broken down during digestion, they act as a mechanical link between segments, forming a 'string' held together by the fibrous residue.
'This scat has a strong odor, so it’s likely mink; otter scat is odorless.' Even though otter scat is known to be the least odorous among carnivores, remember to account for the protein factor (a meat-heavy diet high in sulfur or nitrogen) as well as weather conditions (heat and humidity favor bacterial activity). These factors can make the scent of any sample significantly more pungent.
Whatch out for birds that produce cecal droppings, which can easily be mistaken for mammal scat because they are larger, very pungent, and lack the characteristic white uric acid cap
Always prioritize content analysis: while morphology can be misleading, the composition often provides essential diagnostic criteria. Despite potential similarities, bear scat is distinguished from moose scat by its broad dietary diversity (such as partially digested berries, insect remains, or hair), whereas the ruminant produces highly fragmented, homogeneous plant matter. Use a twig to inspect the sample to minimize direct contact—a necessary precaution, particularly with carnivore scat
In short, beware of overconfidence: research by Monterroso et al. (2013) revealed that visual identifications of scat are wrong in 40% of cases. This is why a phrase now stands as the authority in the field of ecology: 'The sign suggests, DNA confirms.'
Le syndrome du "Chat à 5 doigts" : Certains chats ( les Maine Coons seraient connus pour ça) présentent une mutation génétique appelée polydactylie. Dans la population féline globale, la polydactylie touche moins de 1 % des individus (bien que ce chiffre puisse grimper localement dans certaines colonies isolées). Aussi il est statistiquement et infiniment plus probable que vous soyez face à un phénomène de superposition plutôt qu'à une mutation génétique rare. Le chat, comme le renard ou le lynx, est un champion de l'économie d'énergie. En marchant, il pose sa patte arrière dans l'empreinte laissée par sa patte avant. Mais souvent ce sur-marquage n'est pas parfait. On se retrouve alors avec une empreinte qui semble posséder 5 doigts et l'animal est alors identifié comme Mustelidé (loutre, fouine, martre, vison, possèdent naturellement 5 doigts aux quatre pattes)
Le diagnostic : Regardez la forme du coussinet central. Chez le félin (même avec un "faux" 5ème doigt), le coussinet reste massif, trapézoïdal et trilobé à l'arrière. Chez les mustélidés, le coussinet est plus petit, souvent fragmenté, et les doigts sont disposés en arc de cercle beaucoup plus ouvert (en forme de "collier de perles"). Les Mustélidés se déplacent par bonds successifs, là où le chat privilégie une marche précise et saute rarement sans nécessité.
The “five-toed cat” syndrome: Some cats (Maine Coons are often mentioned) carry a genetic mutation called polydactyly. In the overall cat population, polydactyly affects less than 1% of individuals (although this figure can be higher locally in some isolated colonies). As a result, it is statistically—and by far—much more likely that what you are seeing is a case of track overlap rather than a rare genetic mutation. The cat, like the fox or the lynx, is a champion of energy efficiency. When walking, it often places its hind foot into the track left by the front foot. However, this overstepping is often imperfect. The result can be a track that appears to have five toes, leading to misidentification as a mustelid (otter, polecat, marten, mink all naturally have five toes on all four feet)
Diagnosis: Look at the shape of the central pad. In felids (even with a “false” fifth toe), the pad remains large, trapezoidal, and trilobed at the rear. In mustelids, the central pad is smaller, often fragmented, and the toes are arranged in a much wider arc, like a string of pearls. Mustelids typically move by bounding, whereas cats favor a precise walking gait and rarely jump unless necessary.

Trace de chat à " 5 doigts"
Ne comptez pas seulement les doigts, analysez la surperposition des appuis!
Five-toed cat track
Don't just count the toes; look for double registration!
Le faisceau d'indices : sortir du « tunnel vision »
Une erreur classique est de conclure avant d'avoir listé tous les candidats possibles. Le piège est de vouloir nommer la trace immédiatement au lieu d'ouvrir le champ : est-ce un sanglier, un chevreuil ou un jeune cerf ? Établir cette « short-list » est une protection mentale : elle force à rester observateur plutôt que juge. Cette liste ne doit souffrir d'aucune impasse. On occulte souvent les espèces nocturnes ou les amphibiens, dont les traces restent invisibles si elles ne sont pas déjà anticipées. Comme le soulignait Robert Hainard : « On ne regarde que ce qu'on a déjà dans l'esprit. »
L'identification naît ensuite d'un faisceau de preuves concordantes. Si une marque évoque des gardes de sanglier, mais que la foulée et l'allure indiquent un cervidé, c’est le poids de l’ensemble qui doit l’emporter. En pistage, la cohérence globale prime : l’anomalie d’une trace isolée ne fait pas le poids face à la signature d'une piste entière. Apprendre à pister, c’est apprendre à ne plus croire le détail qui hurle, mais à écouter l’ensemble qui murmure.
The Evidence Cluster: Escaping "Tunnel Vision"
A common mistake is jumping to conclusions before listing all potential candidates. The trap is naming the track immediately instead of opening up the field of possibilities: is it a wild boar, a roe deer, or a young red deer? Creating this "short-list" is a vital mental safeguard; it forces you to remain an observer rather than a judge. This list must be exhaustive. We often overlook nocturnal species or amphibians, whose tracks remain "invisible" if they aren't already anticipated. As Robert Hainard rightly said: "We only look at what we already have in mind."
Identification then comes from a body of converging evidence. If a mark suggests the dewclaws of a boar, but the stride and gait indicate a deer, the weight of the whole must prevail. In tracking, global consistency is key: a single weird footprint cannot outweigh the repeated signature of an entire trail. Learning to track means no longer believing the detail that shouts, but listening to the whole that whispers.
L'œil du désir : quand l'espoir dicte l'identification. On a tous tendance à voir ce que l'on espère. Pour beaucoup, une trace humide dans la boue d'une rive ne peut appartenir qu'à la loutre. C'est l'animal rare, charismatique, celui qu'on rêve de noter sur son carnet. Pourtant, la réalité est plus pragmatique : les cours d'eau sont les autoroutes de la faune et des aimants à biodiversité. Pour beaucoup de carnivores, la rive est un axe de voyage dégagé qui permet de traverser un territoire sans l'obstacle d'une végétation dense. Les berges regorgent aussi de nourriture (amphibiens, rongeurs, insectes) et attirent de nombreux opportunistes. Plus ou moins tous les animaux doivent venir s'abreuver, laissant derrière eux leur signature. L'objectivité est votre meilleure alliée! Sur le terrain, j'aime me rappeler cette petite phrase que j'ai lue un jour quelque part et qui pour moi est un principe fondamentale de la lecture d'empreintes : " Les choses communes arrivent communément". L'exception est séduisante, mais c'est plus souvent le quotidien qui se cache sous nos yeux.
The Eye of Desire: When Hope Dictates Identification. We all have a tendency to see what we hope to find. For many, a wet print in the mud of a riverbank can only belong to an otter. It is the rare, charismatic animal, the one we dream of recording in our notebooks. Yet, reality is more pragmatic: waterways are wildlife highways and magnets for biodiversity. For many carnivores, the bank is a clear travel route that allows them to cross a territory without the obstacle of dense vegetation. Banks are also teeming with food (amphibians, rodents, insects) and attract many opportunists. Almost all animals must come to drink, leaving their signature behind. Objectivity is your best ally! In the field, I like to remind myself of a short sentence I once read somewhere, which for me is a fundamental principle of track reading: "Common things happen commonly." The exception is seductive, but more often than not, it is the ordinary that is hidden right before our eyes.
Le phénomène de sur-marquage : en observant la nature, notre premier réflexe est souvent d’associer deux indices comme s'il provenaient du même animal. Pourtant, le terrain raconte rarement une histoire linéaire. Un même lieu peut être le théâtre d'une succession d'événements impliquant souvent des espèces différentes, chacune laissant sa signature sur celle de la précédente. Il est donc important d'apprendre à déchiffrer cette chronologie invisible pour ne pas confondre l'habitant avec le visiteur, ou le prédateur avec un éventuel curieux de passage.
En éthologie, on appelle cela la superposition d'indices. L'interprétation des preuves de terrain est complexe car un site d'activité attire souvent des visiteurs successifs. Un exemple : un rat musqué consomme des bivalves sur une berge, l'odeur des restes attire un prédateur, comme un renard, qui vient inspecter et marquer les coquilles. On retrouve alors un mélange d'indices : les empreintes du canidé venant masquer celles effacées du rongeur. Ce même phénomène se produit à l'entrée d'un terriers : un blaireau peut y vivre paisiblement, mais les traces laissées par un chien ou un renard venu « sniffer » l'ouverture peuvent tromper l'observateur sur l'identité de l'occupant. Autre exemple : un renard défèque sur les plumes d'un pigeon ramier tué par une buse variable, s'appropriant visuellement une scène dont il n'est pas l'acteur principal. Toujours garder en mémoire que le terrain est un livre où plusieurs espèces écrivent parfois sur la même page.
The Overmarking Phenomenon: When observing nature, our first instinct is often to link two clues as if they came from the same animal. Yet, the field rarely tells a linear story. A single location can be the stage for a succession of events involving different species, each leaving its signature over that of the previous one. It is therefore important to learn to decipher this invisible chronology to avoid confusing the inhabitant with the visitor, or the predator with a curious passerby. In ethology, this is known as the superposition of signs. Interpreting field evidence is complex because a site of activity often attracts successive visitors. For example: a muskrat consumes bivalves on a riverbank; the scent of the remains attracts a predator, such as a fox, which comes to inspect and mark the shells. You are then left with a mix of signs, where the canid's prints may obscure the faded tracks of the rodent. The same phenomenon occurs at burrow entrances: a badger may live there peacefully, but tracks left by a dog or a fox that came to "sniff" the opening can mislead the observer regarding the occupant's identity. Another example: a fox defecates on the feathers of a Wood Pigeon killed by a Common Buzzard, visually claiming a scene in which it was not the primary actor. Always keep in mind that the field is a book where several species sometimes write on the same page.
Analyse et Interprétation : Prendre le temps
Au-delà de la forme, il y a l'analyse globale. Une erreur classique pour l'observateur naturaliste est de vouloir nommer l'animal à la seconde même où il pose les yeux sur la trace. Lorsque j'ai demandé à des amis ce qui pour eux était les erreurs les plus récurrentes lors de l'identification des traces, l'un d'eux m'a suggéré :
« Il faut savoir ralentir avant de rendre un verdict final. Quand je réponds trop vite, je me trompe souvent. »
Prendre son temps permet de se poser les bonnes questions. L'œil a besoin de temps pour « faire la mise au point » sur les détails qui contredisent parfois notre première impression. L'identification immédiate est un piège pour l'ego parce qu'elle flatte notre désir de compétence au détriment de la vérité.
Analysis and Interpretation: Taking Your Time
Beyond the shape, there is the overall analysis. A classic mistake for the naturalist observer is trying to name the animal the very second they lay eyes on the print. When I asked some friends what they thought were the most common mistakes when identifying tracks, one of them suggested:
"You have to slow down before making a final judgment. When I’m too quick to answer, I’m often wrong."
Taking your time allows you to ask the right questions. The eye needs time to "focus" on the details that sometimes contradict our first impression. Immediate identification is a trap for the ego because it flatters our desire for competence at the expense of the truth.
Développer une « Littératie Écologique » du vivant
Comme le disait Sherlock Holmes : « Le monde est plein de choses évidentes que personne, jamais, n'observe. »
Relever des indices de passage demande bien plus qu'un simple intérêt ; cela demande une mentalité particulière, une sorte de vigilance inquisitive. Cette littératie écologique, c'est cette capacité à lire l'environnement comme un texte. Certains poussent cette connexion avec le vivant jusqu'à la spiritualité mais ce n'est pas vraiment le versant que j'explore, mon approche est plus pragmatique
Developing "Ecological Literacy"
As Sherlock Holmes said: "The world is full of obvious things which nobody by any chance ever observes."
Recording signs of passage requires much more than a simple interest; it demands a specific mindset, a kind of inquisitive vigilance. This ecological literacy is the ability to read the environment like a text. Some take this ability to read the evironment as far as spirituality; that is not the path I explore. My approach is more pragmatic
Le réflexe de la référence.
Il y a une règle d'or que l'on oublie parfois dans l'enthousiasme de la découverte : ne jamais photographier une trace sans un élément de référence. Sans échelle, une photo d'indice perd toute sa valeur technique et ses chances d'être identifiée.
Même après des années à relever des indices de passage, il m'arrive encore d'oublier. À défaut de règle, votre main peut servir de référence de fortune, à condition d' être posée sur le même plan que la trace. Si elle reste à 10 cm au-dessus, la perspective faussera totalement les mesures. Posez-la juste à côté, bien à plat.
Le seul reproche que je fais à l'utilisation de la main, c'est qu'elle peut parfois masquer des détails qui seraient intéressants pour l'identification. Il faut donc veiller à ne rien occulter d'essentiel.
Pour les mesures, j'utilise ensuite un logiciel comme Mesurim (gratuit, avec une version en ligne pour éviter de surcharger son ordinateur). C'est toujours plus confortable d'analyser des proportions sur un grand écran que d'essayer de manipuler une règle avec les deux bottes coincées dans la boue. Certains préfèrent leur pied à coulisse et leur carnet de terrain ; selon moi, le terrain est fait pour la collecte, l'ordinateur pour l'analyse.
The Reference Reflex.
There is a golden rule often forgotten in the excitement of discovery: never photograph a track without a reference element. Without a scale, a photo of a sign loses all its technical value and chances of being identified.
Even after years of recording signs of passage, I still sometimes forget. If you don't have a ruler, your hand can serve as a makeshift reference, as long as it is placed on the same plane as the track. If it’s 4 inches above, perspective will distort the measurements. Place it right next to it, perfectly flat.
My only complaint about using a hand is that it can sometimes hide details that would be useful for identification. You must be careful not to obscure anything essential.
For the actual measuring, I then use software like Mesurim (free, with an online version to avoid cluttering your computer). It is always more comfortable to analyze proportions on a large screen than trying to handle a ruler with both boots stuck in the mud. Some prefer their calipers and field notebooks; in my opinion, the field is for collecting, the computer for analysis
L'art de l'incertitude : Il faut savoir accepter que toutes les traces ne sont pas identifiables jusqu'à l'espèce sans observation visuelle directe. C'est systématique chez les petits oiseaux et rongeurs : leurs dimensions sont trop analogues et la dureté du substrat ne permet l'enregistrement que des animaux d'un certain poids. En neige profonde, l'identification taxonomique devient complexe car le comblement (effondrement de la neige dans l'empreinte lorsque le pied se retire) masque les caractères diagnostiques. La biométrie de la piste (via l'analyse de l'allure, des foulées et du rythme) devient l'unique critère de détermination.
Malgré cela, Il faut se rendre à l'évidence, de nombreuses traces ne donnent rien d'exploitable. Savoir accepter cette notion vous rendra plus épanoui, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas essayer : le plaisir est aussi dans ce travail de recherche et dans la valeur inestimable de tout ce que l'on découvre, parfois par accident, en cherchant.
The Art of Uncertainty: we must accept that not all tracks can be identified to a specific species without actually seeing the animal. This is always the case for small birds and rodents; they are too similar in size, and the ground is often too hard to record their light weight. In deep snow, identification is difficult because backfilling (snow falling back into the print) hides the details of the foot. When this happens, trackway measurements—like gait, stride, and rhythm—become the only way to tell who passed by.
Even then, we have to admit that many tracks simply cannot be identified. Accepting this makes the experience more rewarding. It doesn't mean you should stop trying; the joy is in the search and in the amazing things you discover, often by accident, while looking
4. Physique du substrat
4. Substrate Physics
L'effet bridge ou fausse palmure : Attention aux substrats à "effet de croûte" (boue séchée en surface ou neige gelée en surface). Lorsqu'un animal brise cette pellicule, des morceaux de substrat restent parfois coincés entre les doigts ou ne s'effondrent pas, créant une fosse palmure parfaitement illusoire. Ce pontage mécanique peut facilement transformer une empreinte de Pékan (Fisher) en une trace de Loutre. Ce phénomène se produit en général dans un substrat hétérogène : une couche de surface dure (la croûte) surmontant une couche meuble. Cette couche plus dure agit comme une plaque structurelle qui casse uniformément sous la pression des doigts. Le résultat est une empreinte monobloc avec plus ou moins de relief et cette membrane qui relie tous les doigts.
The Bridge Effect or False Webbing: Beware of "crust-effect" substrates (surface-dried mud or surface-frozen snow). When an animal breaks through this thin film, pieces of the substrate sometimes remain stuck between the toes or fail to collapse, creating a perfectly illusory false webbing. This mechanical bridging can easily transform a Fisher’s track into that of an Otter. This phenomenon typically occurs in a heterogeneous substrate: a hard surface layer (the crust) topping a soft layer. This harder layer acts as a structural plate that breaks uniformly under the pressure of the toes. The result is a single-block print with varying degrees of relief and this membrane-like feature that connects all the toes.
La distorsion par glissement : l'illusion de forme
Le substrat glissant est une cause fréquente d'erreurs d'identification. Lorsque l'appui de l'animal n'est pas stable, la trace s'étire et ses caractéristiques anatomiques se déforment jusqu'à suggérer une tout autre espèce.
- Le "faux blaireau" : Sur une légère pente ou un sol irrégulier, le pied d'un chien peut glisser vers l'arrière lors de la phase de progression. Ce mouvement étire les marques des griffes sur plusieurs centimètres, créant de longues rainures parallèles qui évoquent alors les griffes puissantes d'un animal fouisseur comme le blaireau.
- Allongement des sabots : À l'inverse, si le sabot d'un chevreuil glisse vers l'avant (les cervidés sont capables de faire des glissades spéctaculaires), les pinces s'allongent artificiellement. La trace résultante pouvant faire croire à un animal au pied plus long comme un daim ou un jeune cerf
- Le canidé "félinisé" : quand le pied d'un canidé glisse vers l'avant, les pelotes digitales s'étirent et le bourrelet de matière (boue ou neige) poussé par le glissement vient remblayer le trou des griffes. On se retrouve alors avec une pelote métacarpale plus imposante, aux pelotes allongées et sans griffes apparentes : l'empreinte presque parfaite du félin
En bref, mieux vaut chercher l’empreinte la plus statique possible ou bien connaître ses variations, tout en gardant à l'esprit qu'une trace n'est jamais que ce que le substrat accepte de nous montrer. »
Slippage Distortion :The Illusion of Form
Slippery substrates are a frequent cause of identification errors. When an animal's footing is unstable, the track stretches and its anatomical features distort until they suggest an entirely different species.
- The "False Badger": On a slight slope or uneven ground, a dog's foot may slip backward during its forward movement. This motion stretches the claw marks over several centimeters, creating long, parallel grooves that evoke the powerful claws of a fossorial animal like a badger.
- Hoof Elongation: Conversely, if a roe deer's hoof slips forward (deer are capable of some spectacular slides), the cleaves are artificially elongated. The resulting track can lead you to believe it was made by an animal with longer feet, such as a Fallow Deer or a young Red Deer.
- The "Feline" Canid: When a canid's foot slips forward, the digital pads stretch and the ridge of material (mud or snow) pushed by the slide backfills the claw marks. You are then left with a more prominent metacarpal pad, elongated digital pads, and no visible claws: the spitting image of a feline.
In short, it’s best to find the most static print possible or know its variations inside out, keeping in mind that a trace is only ever what the surface chooses to show us
L’objectif n’est pas de se laisser déstabiliser par toutes ces recommandations, mais de les voir comme des outils à votre disposition. En fin de compte, l'erreur ne doit pas être crainte. Se tromper est souvent le moment le plus fertile de l'observation : c'est là que s'arrête la certitude et que commence le véritable apprentissage. C'est en décortiquant nos propres méprises que l'erreur devient un véritable moteur de progression pour affiner notre regard de naturaliste.
The goal is not to be discouraged by all these recommendations, but to see them as tools at your disposal. Ultimately, error is not something to be feared. Making a mistake is often the most fertile moment of observation: it is where certainty ends and true learning begins. It is by deconstructing our own misconceptions that error becomes a true engine for progress in sharpening our naturalist's eye.