Le castor d'Eurasie, castor fiber

The Eurasian beaver.

 

Ce qui frappe lorsque l'on explore le pays du castor, c'est l'absence de traces exploitables. Malgré le poids important du rongeur, les bonnes impressions sont rares, car l'animal les efface en partie avec sa queue, ou à défaut avec une branche ou un rondin. Si la recherche des traces demeure donc une tâche particulièrement ingrate, celle des signes associés, elle, se révèle plus facile. Branches coupées, écorcées, arbre abattus ou en cours d'abattage, parsèment son habitat. Le castor sectionne, fractionne, piétine, traîne, écorce avec un réel enthousiasme et une remarquable pugnacité. Les essences qu'il préfère sont heureusement celles qui poussent rapidement, comme les représentants de la grande famille des salicacés*. Il ne dédaigne toutefois pas d'autres variétés et peut effectuer, à la faveur de la nuit, quelques raids dans les vergers . Des expéditions qui, bien entendu, desservent la réputation de notre bûcheron. Toutefois, notre castor indigène semble plus respectueux de l'habitat humain que son confrère du nouveau monde : le "canadensis". Ce dernier construit des barrages, des huttes pharaoniques, qui inondent parfois les routes et autres infrastructures. Notre castor européen tire son bonheur d'un simple terrier, auquel il ajoute parfois une petite touche végétale, à grand renfort de branches coupées. Parmi les "services" assurés par le rongeur, on notera également : le creusement de canaux pour pénétrer toujours plus loin à l'intérieur des terres, l'édification d'écluses artisanales pour en contrôler le niveau, ainsi que les fameuses "balises odorantes" humectée de castoréum. Une substance aux multiples vertus, utilisée entre autre, jadis, dans le traitement des femmes hystériques... (dixit : L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert). En réalité le castoréum n'est ni plus ni moins qu'un vulgaire code-barres olfactif, une barrière contre les intrus.

PA : 5 doigts non palmés. Le doigt 1 est réduit et son impression manque parfois. Les griffes sont larges, rondes et émoussées, sauf celle du doigt 1 qui est plus pointue. La main présente, près du poignet, une buttée calleuse constituée de plusieurs éléments fusionnés. Cette dernière, accompagnée d'un doigt opposable, assiste probablement l'animal lors de ses activités d'écorçage. La "main" du castor est rarement visible dans la piste du castor car elle est souvent recouverte par l'énorme pied postérieur du rongeur.

PP : 5 doigts. Une palmure distale relie chaque doigt mais cette dernière n'est pas toujours visible dans la trace. Le pied du castor, de grande dimension, peut dépasser les 15 cm. Les griffes sont larges et rondes. La griffe du doigt 2, bifide, joue le rôle de peigne lors de l'entretien du pelage. Les doigts sont rarement tous présents dans l'empreinte ( dans ce cas confusion possible avec de grands oiseaux comme l'oie ou le héron)

La voie est remarquable par sa largeur : au moins 30 cm. Lors de la marche, les pieds postérieurs s'orientent vers l'intérieur. Les pattes peuvent laisser comme deux rails sur certaines coulées sous-marines, notamment celles qui rayonnent du terrier. Lors de la nage, seules les pattes postérieures et la queue sont utilisées, les antérieures restent plaquées le long du corps.

 

Empreinte de castor

A longueur égale, l'empreinte du castor est plus large que celle du ragondin.

La partie postérieure du pied est fortement évasée.

Elle peut être aussi large qu'une main humaine.

 

 

Comparaison ragondin castor

Comparaison de PP du castor et du ragondin de taille identique.

Chez le ragondin les griffes sont plus développées

et il possède en outre un doigt libre de palmure.

En condition normale, le talon du ragondin s'imprime rarement.

 

Doigts du castor

Les doigts du PP sont presque aussi larges que ceux d'un humain.

 

Coulée de castor

Les déplacements du rongeur

finissent par former des tranchées.

Il est très difficile de trouver des empreintes complètes.

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Un talon large et des griffes courtes

caractérisent l'empreinte du castor.

 

Trace de queue

La queue efface parfois partiellement  les empreintes,

  laissant une trainée large d'une quinzaine de centimètres

Un pied postérieur est encore visible sur le côté.

 

réfectoire de castor

Le rongeur traîne jusqu'à l'eau de nombreuses branches,

qu'il écorce ensuite en toute impunité.

Ces lieux sont appelés "réfectoires"

Ces garde-manger sont signe d'une certaine activité.

 

 

Ecorçage castor

Les rameaux de saules ou de peupliers,

sont soigneusement effeuillés puis écorcés.

Etrangement, les incisives laisse peu de marques.

Ces branches finissent immergées, ou dispersées par le courant.

Plus le bois mis à nu semble blanc, plus la branche est fraîche.

 

Peuplier

L'abattage des grands arbres favorise l'entrée de la lumière.

Ces derniers sont alors remplacés par de vigoureuses cépées,

ce qui contribue au rajeunissement de la végétation riveraine.

On assiste alors à la création des fameux pâturages à castor

 

Indices catsor

Les coupes effectuées par le castor à différentes hauteurs

nous renseignent  sur l’amplitude des crues

 

Coupe de castor

Pour différencier la coupe faite lors des travaux d'élagage de celle du rongeur,

Il suffit de passer le doigt sur la partie sectionnée pour apprécier le relief.

 

Abroutissement castor

Abroutissement opéré par le rongeur.

Curieusement, les variétés d'arbre les plus touchées

sont aussi celles qui se recèpent le plus facilement :

saules, peupliers, noisetiers, aulnes glutineux.

 

copeaux

Au pied de l'ouvrage reposent des copeaux de grande taille,

qui permettent d'imaginer à quelle vitesse et facilité ces arbres sont découpés.

Dimensions : (L) 8 x (l) 1,5 cm. (environ la longueur d'un pouce humain)

 

arbre abattu

Les arbres abattus, toujours liés à leur pied, peuvent être observés

jusqu'à 50-60 mètres de la "sainte rive" protectrice.

 

Tronçonnage

L'arbre est ensuite tronçonné en rondins plus manœuvrables

 

 

Rondin

L'un de ces rondins, ici complètement dépouillé, échoué.

Leur taille est variable mais le design "pointe de crayon" reste la marque de fabrique.

Les crues peuvent transporter ces rondins très loin de la zone occupée par les rongeurs

Dimensions : (L) 55 x (l) 7 cm.

 

Branches traînées par un castor

Les "coulées striées" du castor

Formées lorsque l'animal traîne les branches vers ses refectoires

 

Au pays du castor

En contre-partie de ses divers aménagements,

notre animal exige des eaux calmes et des arbres, 

ce que lui procurent les paysages ligériens.

Retour au Pliocène*,

le fracas des arbres s'écrasant au sol hante de nouveau les nuits...

 

 

Coulée

La forte corpulence du rongeur et ses membres courts

ne facilitent pas ses déplacements sur la terre ferme.

Aussi les coulées sont larges et la végétation vigoureusement foulée.

Un ravissement pour le pisteur néophyte.

L'allégresse n'est toutefois que de courte durée :

ces coulées relient paresseusement les différents chantiers... quelle équipée !

 

Arbre écorçé

Les arbres ciblés en priorité par le castor sont ceux qui possèdent une écorce délicate,

et dont le diamètre est inférieur à 20 cm.

Les gros arbres, que j'ai pu observer,

semblaient être écorcés au pied, puis délaissés.

 

 

Les laissées du castor

Les laissées ressemblent à de grosses boulettes de sciure compressées.

Elles sont très friables

Dimensions : (L) 4,5 x (l) 3 cm

 

 

 

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mammifères Les milieux aquatiques

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